Nous partageons tous cette chose en commun d’avoir des objectifs dans la vie. Certains appelleront cela des rêves, d’autres des idéaux. Quoiqu’il en soit, tout individu sur Terre aspire à atteindre quelque chose qu’il ne possède pas à l’instant T. Gagner ceci, acheter cela, devenir untel… j’aime à croire qu’il existe autant d’objectifs que de personnes peuplant le monde. Les objectifs guident notre futur, déterminent nos actions répétées et finissent par façonner notre quotidien. Ils induisent une répétition d’action jours après jours, une discipline certaine au service d’une approche progressive vers l’objectif fixé.
Nous oublions bien rapidement qu’en matière d’objectifs, tout se passe dans le cerveau. Nos actions, nos choix et nos priorités sont décidées et orchestrées par le cerveau. Dès lors, pourquoi ne pas tenter de comprendre les zones du cerveau responsables de la fixation et de l’atteinte des objectifs ? Pourquoi ne pas regarder plus en détail nos comportements par défaut pour tenter de les modifier ? C’est ce que je vais tenter de vous proposer dans cet article.
Fixation et poursuite d’objectifs : la mise en marche d’un circuit neuronal unique
Pour une démarche que nous opérons plusieurs dizaines de fois dans notre vie, il semble plus que pertinent de comprendre en détails qui agit dans notre cerveau. En la matière, il faut dire que le circuit neuronal de l’objectif est très simple, et tend à rester toujours le même. D’abord, opérons donc une approche purement anatomique du cerveau. 4 grandes zones sont impliquées dans la fixation et la poursuite de nos objectifs, à la manière d’une boucle. Le cortex pré-frontal se charge de la planification. Il peut planifier à trois échelles de temps : court, moyen et long terme. Le cortex orbito-frontal est la zone des ressentis quant à la progression. Il a la capacité d’associer un état émotionnel à notre niveau actuel de progression. Le striatum est la zone du passage à l’acte ou de l’inhibition d’une action. Il a pour but de viser la performance au travers le choix d’action ou de non-action. Enfin, l’amygdale est responsable de la perception de la douleur et de l’anxiété. Elle permet d’impulser la motivation face à la peur d’échouer.
C’est l’activation simultanée de ces aires cérébrales qui génèrent chez nous un comportement précis dans la démarche de poursuite d’objectif. Peu importe l’objectif – le plus grand ou le plus insignifiant -, il impliquera la mise en marche de cette boucle neuronale dans notre cerveau. Dès lors, la modification de nos comportements apparaît simplifiée dans la mesure où il existe un référentiel unique auquel s’ajuster.
Le ratio 85%-15% ou la nécessité de garder une part d’échec pour atteindre son objectif
En neurosciences, la nécessité de faire des erreurs pour atteindre son objectif est aujourd’hui largement admise. La proportion « idéale » d’erreurs dans l’exécution de nos actions se situe autour de 15%. Ainsi, il faut s’assurer de réussir dans 85% des actions entreprises vers un objectif. Un ratio de 85% de réussite, pour 15% d’échec donc. Qu’est ce que l’échec peut-il bien faire dans un processus de poursuite d’objectifs ? Que peut-il générer pour être si important ? Au sens commun, vous aurez tous remarqué que nous apprenons bien plus de nos erreurs que de nos succès. Plus qu’un mantra basique, cette idée s’explique en neurosciences par le mécanisme le plus fabuleux dont notre cerveau puisse bénéficier : la plasticité neuronale. La plasticité neuronale désigne simplement la capacité des aires du cerveau (groupements de neurones) à modifier leur structure pour s’adapter à une situation. Cette plasticité se produit grâce aux échanges d’informations entre les neurones, pour percevoir les ressentis d’erreur, de progression, les émotions et bien d’autres.
Face à l’échec, les émotions et ressentis qui en découlent ne tombent pas dans le vide. Les aires et neurones concernées captent les informations, et les analysent. Ils les mettent en perspective avec les émotions, et la planification initiale de l’objectif poursuivi. C’est véritablement dans l’échec que notre cerveau observe un degré de plasticité très élevé. En d’autres termes, l’architecture du cerveau se transforme après un échec. Pouvant paraître subtile, c’est pourtant essentiel dans un processus de poursuite d’un objectif. De fil en aiguille, d’échec en adaptations (plasticité), le cerveau va se ré-ajuster jusqu’à se calibrer pour être capable de produire le comportement adéquat à l’objectif. Sous cet angle, l’importance de conserver une part d’échec dans son cheminement fait certainement davantage sens.
En fait, le ratio 85%-15% est l’outil qui vise à entretenir un sentiment de frustration. C’est précisément cette frustration – associée à l’échec dans le processus – qui est lue par le cerveau comme une anomalie. La frustration est une émotion. Rappelons-nous, le cortex orbito-frontal est la zone en charge de l’analyse des émotions pour les associer à un état de progression. L’analyse de la frustration face à l’échec induit une réponse forte en proportion de l’intensité émotionnelle, et une plasticité neuronale. In fine, l’objectif de la plasticité neuronale est simple : parvenir à un succès au second essai, dans l’étape – génératrice de frustration – où nous avons échoué le premier coup. Le cerveau ne changera pas de structure s’il exécute déjà tout à la perfection lors du premier essai. En revanche, le cerveau modifiera son architecture autant que nécessaire si celle-ci l’empêche de ressentir le succès dans ce qu’il s’est fixé. En définitive, il faut que la démarche soit suffisamment difficile pour échouer 1 fois sur 5.
À l’inverse, il apparaît évident qu’une proportion trop importante d’échec engendrera une dose excessive de frustration. En pareille situation, le cerveau ne parviendra pas à se modifier pour s’adapter, et les émotions négatives domineront le circuit neuronal de l’objectif. Autrement dit, trop d’échec inhibe l’action par une frustration trop élevée. En présence d’un ratio réussite-échec trop déséquilibré – 50%-50% par exemple -, la masse d’erreurs bloque l’apprentissage et la plasticité neuronale. C’est un signe qu’il faut revoir ses objectifs à la baisse.
Un objectif doit faire sens pour le cerveau
À y réfléchir, la fixation d’objectif peut rapidement croiser le chemin d’une influence extérieure. Qui n’a pas déjà rêvé de devenir le meilleur footballeur au monde en regardant jouer Lionel Messi, ou le plus grand avocat pénaliste en retraçant les films des grandes plaidoiries du tribunal ? Pour ma part, j’ai eu les deux. On est vite happé par les objectifs et rêves d’autrui. A fortiori, on a parfois trop vite fait de s’approprier des objectifs qui ne sont pas les nôtres. Se remettre au sport pour perdre du poids ou devenir plus musclé ; est-ce vraiment ce que tout le monde souhaite pour sa propre satisfaction, ou la nécessité de se conformer au modèle social de « perfection » vendu par les réseaux sociaux ? Entre objectif personnel et volonté de « ressembler », la ligne est très fine. Parfois indécelable pour le cerveau conscient.
D’un point de vue neuroscientifique, le besoin d’aligner ses objectifs avec ce qui fait sens pour le cerveau est largement plébiscité, et semble être le chemin à emprunter. En effet, de nombreuses expériences menées en laboratoire 1 ont pu démontrer l’obtention de résultats différents vis-à-vis de l’objectif poursuivi, selon l’intention ou le caractère « forcé » impulsé par l’acteur observé. Il a été maintes fois observé que lorsque le cerveau perçoit une forme de chaos – une situation qui ne fait pas sens pour lui – c’est l’amygdale qui s’active majoritairement pour signaler un danger et la peur qui en découle. Elle engendre des émotions négatives d’inhibition d’action et de déception. Ainsi, agir pour quelque chose qui ne fait pas sens ne durera jamais long feu.
Beaucoup d’entre vous se reconnaîtront sûrement dans ce cas de figure. L’absence de sens suffisamment profond dans une action censée mener à un objectif pousse, petit à petit, à l’abandon. Le doute sur la pertinence de l’objectif gagne de la place dans le cerveau. La conviction d’agir dans la bonne direction s’amenuit progressivement. Et ce, jusqu’à ce que les actions quotidiennes vers l’objectif ne deviennent que corvée et dénuée d’intérêt. À cet égard, la discipline de poursuivre ses actes jour après jour est nécessaire pour pallier l’absence de motivation. Cependant, une réflexion autour du sens doit toujours intervenir de manière sous-jacente à l’exécution des actes. En d’autres termes, la discipline ne devrait opérer que lorsque la certitude du sens dans les actions envisagées est totale. Se mentir à soi-même est très vite arrivé.
De la perception du sens découle la volonté d’agir
Trouver du sens pour trouver du sens ne mène pas à grand chose. C’est encore une fois en revenant au circuit neuronal unique responsable de l’objectif que l’on comprend l’intérêt de cela. Lorsque le cerveau évalue nos actions par rapport l’objectif, il le fait en considérant ce qu’on s’est fixé. Il cherche une adéquation pour poursuivre. C’est ici que naît l’élément fondamental de la poursuite d’objectif : la volonté d’agir. Pour illustrer cela, rien de tel qu’une étude neuroscientifique réalisée en laboratoire (sur des rats) et reproduite sur des humains. Le biologiste et neuroscientifique américain de l’Université de Standfort, Robert Sapolski, a observé la chose suivante : un rat court sur une roue lorsqu’il en a envie. Un second rat est ensuite placé sur cette même roue, et forcé de courir également lorsque le premier se met à courir, par l’inertie de la roue. En regardant les résultats physiques et physiologiques sur les deux animaux, il constatait que seul le premier rat enregistre des améliorations physiques considérables. Ses « marqueurs métaboliques » se sont améliorés grâce à son activité physique. Une meilleure masse musculaire, perte de poids, régulation des hormones du stress notamment. Quant au second rat, lui était forcé de courir et les observations montrent même une détérioration de sa santé. Elle ne s’est ni améliorée, alors qu’il courait, n’a pas stagné, mais a carrément été dégradé. Cette expérience relativement connue montre à quel point le rôle de la volonté d’agir a un impact sur les résultats qui découleront de l’action. Elle a ensuite été reproduite sur des humains, donnant des résultats identiques. Dès lors, il est d’une importance capitale de choisir ses actes soi-même, et de ne pas se les faire imposer par autrui. Aucun individu sur Terre ne parviendra à atteindre des objectifs s’il en est forcé. Souvent, la difficulté est importante et les efforts à fournir seront grands. Si la motivation ne vient pas du fond de vos tripes, rien d’extérieur ne sera assez puissant pour vous donner la volonté d’agir. En définitive, voilà pourquoil’objectif doit faire sens ; pour que naisse une volonté d’agir.
À questionner ce sens dans votre objectif, vous économiserez bien du temps loin des actions inutiles. Vous vous efforcerez à trouver ce qui vous anime vraiment. Du même coup, cela permet de distinguer nos aspirations profondes de celles simplement issues d’influences extérieures. Encore une fois, le distinguo est subtile, mais aux conséquences élevées.
Du rôle de la dopamine dans la perception de l’objectif
La dopamine est une hormone bien connue de tous, aux fonctions multiples. Celles qui nous intéressent présentement sont les suivantes. La dopamine impulse le mouvement et le passage à l’action. Elle nous fait ressentir du plaisir et une forme de récompense à l’accomplissement d’une tâche. Par conséquent, elle impulse de la motivation à agir pour ressentir de nouveau cela, à la manière d’une boucle. Enfin, la production de dopamine par le cerveau intervient pour créer des habitudes qui permettront d’atteindre de nouveau la récompense. Ainsi, son rôle est clef en matière d’objectif.
En effet, si nous accordons une valeur élevée à notre objectif ET qu’il fait sens pour nous, de la dopamine sera libérée pour nous motiver et nous pousser à agir. De la perception de l’importance d’un objectif par le cerveau dépend la production de dopamine pour passer à l’acte. Le lien avec le sens donné à l’objectif apparaît évident. Si un objectif fait sens pour le cerveau, il aura une tendance certaine à lui donner de la valeur, de l’importance. À valeur perçue, dopamine sécrétée. Cette hormone poussera à l’action pour atteindre l’objectif valorisé, dans la volonté de percevoir la récompense promise : l’objectif. À contrario, si un objectif ne fait pas vraiment sens, nous éprouverons de la difficulté à lui accorder une valeur élevée dans le cerveau, et la dopamine nécessaire à la motivation du passage à l’acte ne sera pas produite.
Le cerveau préfère être rassuré que d’avoir raison : voilà pourquoi faire sens
Vous aussi avez certainement déjà rencontré des individus très attachés à leur vérité. Des espèces humaines pour qui le débat est unilatéral, porté vers leur seule raison. Socialement parlant, ce n’est que perte de temps. Beaucoup d’entre nous sont, consciemment ou non, soucieux d’avoir raison. Cependant, une chose compte bien plus pour tout cerveau humain que la victoire dans un débat : être rassuré. Se sentir appartenir à un groupe, à une identité, percevoir que l’on n’est pas isolé avec notre point de vue ou nos volontés. C’est encré profondément en chacun de nous. Cela nous conduit parfois jusqu’à ce qu’on appelle un « biais de conformisme ». Préférer se rallier à un groupe au détriment de sa conviction personnelle initiale. Là encore, une expérience de neurosciences très célèbre et largement reproduite l’a démontré ; l’expérience de Asch. Brièvement, un groupe entier d’individus était convié à regarder deux cartes. Sur la première figurait une ligne d’une longueur précise. Sur la seconde figurait trois lignes, dont une était de même longueur que celle de l’autre carte, et aisément visible comme tel. Un individu du groupe a été isolé, et devait dire quelle ligne de la seconde carte était, selon lui, de même longueur que la ligne figurant sur la première. Facilement, il en conclut que c’est la troisième ligne qui est identique. C’était intrinsèquement la bonne réponse. Il a ensuite été ré-intégré au groupe, auquel il a été demandé que chacun donne son avis ouvert sur la même question. Tous ont soutenu que la seconde ligne de la seconde carte était celle identique à la celle figurant sur la carte de référence. Ce qui était intrinsèquement la mauvaise réponse. L’enjeu de l’expérience était d’observer la réaction de l’individu qui avait été isolé, puis ré-intégré au groupe. Ce dernier, sous l’influence et la force de persuasion du groupe, changea d’avis et modifia sa réponse pour s’aligner sur celle du groupe.
Largement reproduite, cette expérience illustre ce qu’est le biais de conformisme et, plus largement, le besoin du cerveau d’être rassuré par l’appartenance à un groupe plus que son attachement à la vérité. Il est plus coûteux et dangereux pour l’organisme cognitif d’être en dehors du groupe. Pour ce qui nous intéresse dans cet article, cette clef de compréhension est fondamentale. Assurément, on en comprend que le cerveau a un fort besoin de faire sens avec ce qui l’entoure, et avec ce qu’il s’est fixé. Comme sa nécessité d’être rassuré prime sur le reste, établir des actions et routines pour le rassurer est spécifiquement pertinent dans la poursuite d’un objectif. En effet, il est très important de montrer régulièrement à notre cerveau qu’il est sur la bonne voie. Que les actions qu’il entreprend et les ressentis perçus sont en faveur de l’objectif fixé. C’est ni plus, ni moins le meilleur moyen pour nous de garder le cap sur l’objectif. Sous un autre angle, c’est le pouvoir des actions quotidiennes répétées. Celles-ci, en plus de réellement nous approcher de l’objectif, envoient le même message au cerveau : « c’est bien, tu es sur la bonne voie« . Keep going comme disent nos amis anglais.
Des outils pratiques pour réaliser ses objectifs
Vous disposez désormais de toutes les clefs de compréhension pour appréhender le cerveau face à l’objectif. Pour poursuivre ces derniers avec succès, des outils peuvent à présent faire gagner un temps précieux. Je vais vous en partager 5 dans cet article. Prenez ce qui vous correspond.
Les objectifs de moyen
Lorsqu’on se fixe des objectifs dans la vie, c’est souvent la finalité à laquelle nous réfléchissons et élaborons le plus. Penser à quoi cela va ressembler, ce que l’on va ressentir en y arrivant. Ensuite, c’est davantage la visualisation du chemin à parcourir qui domine. La peur pointe le bout du nez, avec l’angoisse de ne pas se sentir capable. D’ailleurs, c’est important de ne pas se sentir capable immédiatement d’accomplir l’objectif, faute de quoi cela veut dire qu’il serait trop facile à atteindre. Nous y reviendrons dans un autre outil. Quoi qu’il en soit, le chemin est la clef, et compte davantage que le résultat. C’est sur le chemin que nous apprenons, et que nous construisons notre évolution. Aussi, c’est sur le chemin que la saveur de la réalisation peut être véritablement ressentie. Dès lors, c’est sur le chemin qu’il faut s’attarder, pour y placer les éléments déterminants. Utilisons ici les objectifs de moyen. Comme leur nom l’indiquent, ils ne sont qu’une étape – un moyen – pour parvenir à un fin. Ladite fin n’est autre que l’objectif de résultat. Le concept des objectifs de moyen est de poser des jalons intermédiaires sur le chemin du résultat. Instaurer des paliers, en quelque sorte. Quel intérêt ? Quelle pertinence ?
En considérant ce qu’on sait désormais du fonctionnement par défaut du cerveau, on sait son attachement au sens et son besoin d’être rassuré. À cet égard, les objectifs de moyen sont l’outil idéal pour faire cocher à notre cerveau certaines « cases de validation ». Grâce à ces jalons, il peut se dire « OK, ça c’est fait, on est sur la bonne voie, next step« . Être rassuré et savoir qu’il n’agit pas dans le vide, retenez que c’est tout ce dont le cerveau a besoin. Prenons un exemple. Un individu veut courir son premier marathon dans 6 mois. 42,195km de course sur route, ça se prépare. Il court 2 fois par semaines, et n’a jamais dépassé la distance de 20km. L’objectif de résultat, vous l’avez cerné. Voici quelques objectifs de moyen pertinents dans ce cas.
– Ajouter deux séance de run par semaine, pour ainsi passer à 4 entraînements dès la première semaine de préparation,
– Perdre 5 kilos lors des deux premiers mois de préparation, puis stabiliser ce poids. En étant plus rigoureux sur l’alimentation saine et arrêt de l’alcool. L’ajout de deux entraînement aidera largement,
– Après deux mois de préparation, ajouter une routine de renforcement des chevilles et des mollets 3 fois par semaine, lors des jours sans run,
– Au bout de 3 mois, planifier une sortie tous les 15 jours s’approchant au maximum des 30km. Connaître son corps à l’approche de cette distance.
Voilà un exemple de jalons intermédiaires à fixer vers l’atteinte d’un tel objectif final. Ce ne sont que des moyens d’arriver à la fin, qui respectent une évolution progressive. Cependant, leur pouvoir sur le cerveau est immense. Seul l’accomplissement de ces étapes permettra au cerveau de se dire le jour J : « OK, on est prêt, on a tout fait pour depuis 6 mois« .
En définitive, les objectifs de moyen mettent un cadre autour de l’objectif de résultat. Ils visent ni plus, ni moins à rassurer le cerveau en lui montrant une progression vers le résultat. En réalisant ces objectifs de moyen, on fait percevoir à notre cerveau des victoires intermédiaires. Sachant son besoin profond d’être rassuré, cet outil trouve toute sa pertinence ici.
Savoir réduire sa quantité d’objectifs
Notre niveau d’attention mentale dépend du volume de ce que l’on voit, et ce que l’on pense. Lorsque l’on réduit les sources de distraction visuelle autour de nous (bureau, table à manger, salon), on se trouve davantage focalisé sur ce qu’on est en train de faire. C’est tout à fait normal, car la cognition suit le visuel. À contrario, on a vite fait de se sentir pollué ou perturbé par un nombre trop important de chose dans l’environnement qui nous entoure. En règle générale, le cerveau humain n’aime pas le bazar sur une table ou dans une chambre. Le rangement et l’essentialisme l’apaisent. Dès lors que l’environnement physique est sur-occupé, l’environnement mental et cognitif est impacté. Quel rapport avec nos objectifs ?
À l’intérieur du cerveau, c’est la même chose que dans l’environnement. Si nous avons trop d’objectif, notre attention se disperse. On a envie de tout accomplir, et l’efficacité sur chaque action est impactée. En bref, on veut être au four et au moulin de nos objectifs. Parce qu’un environnement mental surchargé est un espace où l’attention ne peut rester focalisée. Seulement, personne n’a jamais rien accompli de grandiose en ne focalisant pas son attention à 100% dessus. De fait, retenez-bien la chose suivante : Plus on a d’objectifs, moins on a de chances de les atteindre. Reste à déterminer qui de la collecte d’objectif ou de l’atteinte d’objectif est votre préférence.
À l’échelle d’une année, se fixer 4 objectifs est déjà un ratio important. Plus serait trop. En effet, si vous visez un objectif physique, relationnel, financier, et professionnel (ou académique), cela impliquera déjà des actions quotidiennes et des objectifs de moyen pour chacun d’eux. Pour être capable de tout assumer, et in fine de tout réussir, mieux vaut réduire au maximum ses objectifs. N’oubliez pas, plus le cerveau a d’objectifs, moins il a de chance de les atteindre. Vu positivement, moins le cerveau a d’objectifs, plus il a de chances de les atteindre.
Imaginer son propre échec
Visualiser son résultat sous l’angle de la réussite procure des ressentis agréables et stimulants. Cependant, rien n’est plus puissant pour le cerveau que de s’imaginer échouer. L’explication est physiologique, et les études l’ont démontré. D’abord, Emily Balcétis et son laboratoire de psychologie de l’Université de New York (USA) ont produit des études prouvant une multiplication par deux de la probabilité d’atteindre un objectif en se focalisant en permanence sur l’échec. Tout un chacun l’a déjà remarqué que lorsque l’on n’a pas envie de faire une tâche significative ou d’aller s’entraîner, c’est le plus souvent en imaginant notre ressenti postérieur de n’avoir pas agi qu’on se met en mouvement. S’imaginer ne pas agir, et dès lors courir à son propre échec. C’est ce qui fait le plus peur au cerveau, et le conduit à impulser l’effet totalement inverse. La physiologie neuronale explique cela.
Plus précisément, il faut en revenir au circuit neuronal de l’objectif. Cortex pré-frontal, striatum, cortex orbito-frontal et amygdale. C’est cette dernière qui est au coeur du processus. Souvenez-vous, l’amygdale régule la perception de la peur et du danger. C’est cette région du cerveau qui nous motive et nous propulse à agir face à la peur d’échouer. En faisant ce travail récurrent de visualisation de l’échec, on déclenche régulièrement une dose de peur qui entretient le passage à l’acte en faveur de l’objectif de résultat. C’est notamment pertinent lorsque l’on manque de motivation pour se mettre à un objectif de moyen. Ainsi, aussi paradoxal que ce soit, le cerveau apparaît bien plus performant à éviter une situation qui l’effraie qu’à atteindre un ressenti positif associé au résultat. Jouons donc sur ce biais cognitif pour viser le succès.
Pratiquer le « multitasking » en amont de l’action
Qui n’a pas de moments dans la journée où il essaie de faire 2, 3 voire 4 choses en même temps. Se laver les dents en regardant la météo sur son téléphone, tout en démarrant une lessive. Tout le monde le fait presque inconsciemment. Répété à longueur de journée, aucun bénéfice ne sont à en tirer. À tout commencer, on ne finit jamais rien. Rappelons par ailleurs qu’une attention efficace est focalisée sur le moins de choses possibles.
Toutefois, l’approche de faire plusieurs choses en même temps – le multitasking en anglais ou multitâches – trouve un intérêt juste avant de se mettre à une action importante. Il est ici question de timing. En effet, le multitasking va préparer le cerveau à l’action. Les études en neurosciences ont démontré que le fait de passer d’une tâche à une autre augmente la production d’adrénaline dans le cerveau. Cette hormone – et neuromodulateur – augmente le niveau de concentration dans le cerveau. L’adrénaline nous rend plus alerte et nous prépare à agir. En amont d’une action importante à réaliser, rien n’est plus pertinent que d’élever ces paramètres.
Si l’objectif est de décrocher un nouveau travail par exemple, une étape obligatoire sera l’entretien d’embauche. Un moment stressant car il est à fort enjeu, au vu de l’objectif fixé. Lorsque l’on se prépare à s’y rendre, il deviendra bénéfique pour le cerveau de pratiquer ce multitasking et s’autoriser à enchaîner plusieurs petites actions en même temps. S’habiller, tout en cherchant ses chaussures, tout en rechargeant son téléphone, et en regardant à la fenêtre la météo du moment. L’intérêt n’est pas ici de tout faire vite. Non, le bénéfice recherché est d’augmenter le niveau d’alerte, de concentration et se préparer psychologiquement à passer l’entretien. Une fois reçu dans le bureau du patron, on se focalise exclusivement sur la réalisation de l’objectif.
En somme, cet outil est à utiliser avec modération et en respectant un certain timing. Pratiqué à outrance, le multitasking devient un biais de contre-productivité néfaste pour l’atteinte de l’objectif. Ce ne sont pas les tâches que l’on accomplit successivement qui comptent. Mais bien l’accumulation de choses simples qui contribue aussi à rassurer le cerveau pour le placer dans des conditions optimales. Utilisez le multitâches pour vous replacer dans un niveau d’alerte et de concentration maximale avant une action importante en lien avec votre objectif, et rien d’autre.
Utiliser la focalisation visuelle pendant la réalisation
Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la branche visuelle, et notamment ses liaisons avec la sphère cognitive – le cerveau. L’augmentation de la concentration et la préparation du passage à l’acte peut notamment passer par l’attention visuelle. C’est tout l’objet du dernier outil d’atteinte d’un objectif : la focalisation visuelle. Tel que je le répète, notre cognition n’est que le prolongement de la perception visuelle par les yeux. Tout est là. Les études neuroscientifiques sont à l’appui.
Le même laboratoire d’Emily Balcetis (chercheuse en psychologie à l’Université de New York – USA) a réalisé plusieurs expériences en la matière. Elles séparaient deux groupes : l’un focalisait son attention sur un point avant d’entamer une action, alors que l’autre passait directement à l’action. Ces actions étaient prévues pour être physiquement et mentalement difficiles. C’est le groupe qui a pratiqué la focalisation visuelle sur un point précis avant d’agir qui a été, de loin, le plus efficace à réaliser l’action. Une des expériences faisait participer les deux groupes à une course avec un poids à porter. La focalisation visuelle de la ligne d’arrivée a permis au groupe n°1 d’arriver le premier, bien plus rapidement que le 2nd groupe n’ayant pas pratiqué cette focalisation. Comment cela se produit-il dans le cerveau ?
Le système visuel (yeux, rétine et cellules ganglionnaires en arrière) accroît notre état de vigilance lorsqu’il maintient son attention sur un même point. Sur le plan physiologique, une connexion s’opère entre le système visuel et le système cardiovasculaire. Le rythme cardiaque va s’en trouvé modifié. Ainsi, lorsque l’attention est focalisée sur un point via les yeux, le système cardiaque suit l’augmentation de la vigilance en augmentant la tension artérielle – la pression artérielle systolique. Davantage d’adrénaline est également produite. La conséquence finale est assez concrète : la capacité du coeur à envoyer du sang est plus importante. Concrètement, cela s’obtient en focalisant son attention sur un point plutôt éloigné, durant 30 à 60 secondes. L’augmentation de l’état de vigilance et l’accélération du rythme cardiaque seront nécessaires pour débuter une tâche difficile, ou accomplir une épreuve physique déterminante sur le chemin de l’objectif.
En conclusion…
Les objectifs sont ce qui structure notre vie, en lui donnant un sens. Une caractéristique si importante mérite de l’attention. Mieux vaut s’y prendre avec les bons outils pour parvenir à ses fins. D’autant plus, il n’est pas facile de savoir quand un objectif semble ajusté, ou bien démesuré. En tout état de cause, retenez qu‘un objectif doit être difficile mais atteignable. Il devra vous demander une certaine quantité d’efforts, mais vous devez vous en sentir capables. Toutefois, un « bon objectif » ne doit pas être atteignable immédiatement. Il doit apparaître hors de portée pour le moment, pour vous challenger. Autrement dit, un objectif ne doit pas être immédiatement accessible. Là encore, les laboratoires de neurosciences – le Balcetis Lab notamment – ont prouvé qu’un objectif bien ajusté pour le cerveau augmentera considérablement la pression artérielle (rythme cardiaque) pour préparer le corps et le cerveau à agir. Un objectif parfait doit vous faire vibrer. Si l’objectif est trop facile, ou inatteignable, vous ne ressentirez aucune excitation et il ne vous fera pas vibrer. Tout est dans l’ajustement de la mesure.

- Les expériences menées en laboratoires désignent celles faites sur des cohortes d’espèces telles que des rats, ou des souris. ↩︎


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